Dimanche 24 août 2008 7 24 /08 /2008 21:38

Je quitte le Québec. C'est maintenant le grand départ. Il n'y a plus de retour en arrière. J'ai fortement souhaité faire ce pèlerinage et ça y est. J'espère que tout fonctionnera bien. Malgré toute ma hâte, je suis nerveuse. Toute ma famille et tous mes amis sont au courant de ce projet. Je ne voudrais pas les décevoir mais surtout, je ne voudrais pas ME décevoir.

Je me souhaite bonne chance !

Mais tout d'abord, je vais passer quelques jours en Champagne chez ma copine Marie-Annick. J'entreprendrai ensuite le pèlerinage

 

Par Francine
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Lundi 25 août 2008 1 25 /08 /2008 18:13

Me voilà en Champagne. Je rencontre Pierre et Marie-Annick pour la première fois. Je corresponds avec Marie-Annick depuis quelques années déjà, mais c'est la première fois qu'on se voit. Je suis un peu intimidée, mais ils me mettent rapidement à l'aise.

On parle de mon voyage et on boit du champagne. Je fais connaissance avec leurs enfants et tout se passe à merveille. Après deux jours passés avec eux, Pierre vient me reconduire à la gare de train où je ferai Bordeaux - Bayonne - St-Jean-Pied-de-Port.

 

Par Francine
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Mercredi 27 août 2008 3 27 /08 /2008 15:25

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(L'image montre tous les chemins possibles en Espagne. Le chemin que je prendrai est le «Camino Francés»)

Long trajet de plusieurs heures en TGV puis en train. Puis me voilà enfin à Saint-Jean-Pied-de-Port. J'arrive à 19h30 et je sais qu'on m'attend pour le souper à l'auberge l'«Esprit du Chemin». J'accélère pour ne pas les faire attendre. Je trouve rapidement la place et j'entre, un peu intimidée de savoir tout le monde à table.

Mais quelle surprise, il y a 11 Canadiens sur les 18 personnes présentes dont 7 Québécois. Tout un dépaysement ! Je suis bien entendu rapidement à l'aise et je fais connaissance avec mes voisins de table.

Les propriétaires de l'auberge sont Hollandais et franchement très accueillants. Après le souper, la dame de la place (dont j'ai oublié le nom, très difficile à prononcer) me montre ma chambre et mon lit. J'ai comme voisins une dame d'Afrique du Sud, Liz et deux Allemands, Hortz et Willy.

Je suis déjà mis en  mode «on-ne-couche-plus-tout-seul-et-pas-seulement-avec-des-femmes»...
Par Francine
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Jeudi 28 août 2008 4 28 /08 /2008 15:42
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(La portion montrée est celle du Camino Francés qui est en fait le chemin qui fait l'Espagne d'Est en Ouest sur une distance d'un peu moins de 800 km)

J'ai passé une très bonne nuit. Je jubile de me savoir enfin là, et si près du départ.

Ce matin, je vais reconduire, jusqu'au pied de la montagne, un groupe de Québécois qui prennent le chemin. Les voir partir me rend encore plus fébrile pour demain.

Je fais ensuite mon lavage et vais à l'«Accueil des pèlerins», situé juste devant mon auberge. Je m'assieds ensuite dans un petit pavillon à flan de montagne et j'admire les Pyrénées, si belles et si vertes. Je visite un peu la ville et je vais au marché qui a lieu ce jour-là.

Je rencontre aussi des Québécois dont Yannick qui se cherche un peu et se demande quoi faire dans la vie. Il est pianiste. Il me semble que je saurais quoi faire moi.  

Je rencontre également Alvina, une Gaspésienne, enseignante à la retraite. Je me balade dans le village et je prends beaucoup de photos. Saint-Jean-Pied-de-Port est une très belle ville autour de laquelle confluent les Vallées des Sources de la Nive, de Roncevaux, des Aldudes, de la Nive ou de St-Jacques de Compostelle. On peut y sillonner les Vallées et les Routes, celle des vins d'Irouléguy ou encore celle menant à la Forêt d'Iraty ou d'Hayra.  Le village est situé à 1/2 heure de la Côte Basque et se trouve en moyenne montagne.

Il fait un temps superbe et je m'attarde sur les ponts et le long des remparts. De retour à l'auberge, je me repose dans ma chambre puis c'est le souper, très différent de la veille en ce qui concerne les pèlerins. Beaucoup moins de Québécois, quelques Français, deux Irlandais, trois Norvégiens et beaucoup d'Allemands.

Une fois couchée, je pense beaucoup. Comment va se passer ce pélerinage ? Est-ce que ce sera difficile ? Vais-je réussir ?
Par Francine
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Vendredi 29 août 2008 5 29 /08 /2008 19:23

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(la portion du chemin qui est montrée va jusqu'à Roncesvalles. En ce qui me concerne, je me suis arrêtée à Orisson)

Je me lève à 6h00 et je commence à préparer mes affaires. Pratiquement tout le monde est levé dans l'auberge. Je déjeune et puis c'est le moment, il faut partir.

À 7h30, Horst prend une photo de moi devant l'auberge et c'est le premier pas vers Santiago. Je suis très excitée et nerveuse en même temps. À la sortie du village, ça monte abruptement  dans la montagne. Je suis accompagnée d'Alvina, la Gaspésienne.

Mais bon, après 3 km, on trouve ça franchement pas si mal et on se dit que si c'est comme ça tout le temps, on s'est énervé pour rien ! C'était tenter le diable car quelques kilomètres plus loin, ça monte encore et de façon beaucoup plus abrupt. On a le souffle court et on fait de petits pas.

Le spectacle, quant à lui, est prodigieux ! La vue du haut des Pyrénées est à couper le souffle. On s'arrête souvent pour prendre une photo ou adminer le panorama, tout simplement. Chaque tournant ou montée offre une vue plus éblouissante que la précédente.

Et puis subitement, après une petite colline, on se retrouve à Orisson, sans s'y attendre. Je suis un peu déçue que ce soit si proche car il est encore très tôt. Je résiste à l'envie de continuer mais je me dis qu'il reste quand même 17 km de montée. Si je me «casse» dès le début, ça n'arrangera rien.

Alvina, quant à elle, annule sa réservation et part vers Roncesvalles.

Je m'installe sur la terrasse du refuge d'Orisson (fort jolie d'ailleurs). Je fais la connaissance de Chantal, Renée et Gérard, des Français franchement très sympathiques. Ce sont mes compagnons de chambre. On bavarde, on admire le paysage et on prend une bière.

Quelle misère le chemin de Compostelle !!!  

Un peu plus tard, c'est le souper. Mes amis et moi nous installons confortablement au bout de la table. Mais voilà que la responsable d'un groupe de pèlerins, qui voyagent en partie en autobus, nous demande de se déplacer d'une chaise pour une de leur compagne, ce qui ferait en sorte que nous ne serions plus face à face, tous les quatres. Gérard refuse obstinément. S'en suit alors une joute verbale digne des Français.

Je m'amuse beaucoup !

Par Francine
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Samedi 30 août 2008 6 30 /08 /2008 20:00

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(J'ai fait cette portion à partir de Orisson jusqu'à Roncesvalles)

Difficile nuit car j'ai eu mal au dos. J'angoisse un peu à l'idée que ça empire. Je me lève à 6h30. Il fait encore nuit. Le vent est doux et chaud et on sent que la journée sera belle.

Après le déjeuner, c'est le départ et chacun va à son rythme. Je marche seule. C'est ce que je préfère. Il reste 21 km à faire dont 17 de montée. Bientôt, je croise le site de «La Vierge d'Orisson». Il y a là tout un attroupement alors je préfère continuer.

Le spectacle est encore magnifique. Je vois des moutons partout. Les bergers et leurs chiens leur font faire des manoeuvres inimaginables. Je vois aussi des chevaux sauvages qui se garde bien de nous approcher. Le paysage est digne d'une carte postale; un petit village, tout au fond de la vallée, entouré de montagnes toutes vertes où paissent les moutons.

Côté physique, c'est très éprouvant. Il vente très fort, jusqu'à me faire perdre pied à cause du poids du sac à dos. C'est aussi très abrupt et je dois parfois me tasser car c'est aussi une route pour les voitures qui mène de l'autre côté de la montagne. Un peu plus tard, je laisse ce chemin pour me retrouver sur un sentier.

Je suis étonnée de voir qu'il y a beaucoup de monde sur le Chemin, beaucoup plus que je ne l'imaginais. J'aimerais être seule ou du moins, un peu plus seule. Surtout quand il arrive de gros groupes de 10 à 15 personnes qui marchent vite (car ils n'ont qu'un tout petit sac à dos, étant donné qu'ils font transporter leurs bagages), et parlent beaucoup et fort. Ça brise un peu la magie.

Mais bon, tout le monde a le droit de faire ce chemin comme il veut.

Voilà que je viens de passer la frontière France-Espagne. Je suis en Navarre, région d'Henri IV, roi de France ! C'est saisissant ! Auparavant, j'ai aussi pris un peu d'eau à la «Fontaine de Roland».

Me voilà maintenant au sommet. Il est temps de descendre vers Roncesvalles. Et quelle descente ! Au début, ça ne va pas si mal mais après un moment, j'ai mal aux genoux. Il faut pourtant continuer. La pente est très abrupt. Je ralentis l'allure. Ouille ! Ouille ! Mais il est où ce village ? Après 3 km, j'aperçois au loin le clocher du monastère. Enfin !

Je rencontre un bénévole (un Hollandais super sympathique) qui m'indique où me rendre et je mets mon sac à dos en ligne avec les autres devant le monastère en attendant que ça ouvre. Entre-temps, je vais faire tamponner ma crédential à l'accueil des pèlerins. Et quel accueil, froid et impersonnel ! J'ai l'impression d'être comme un chien dans un jeu de quilles. Pas très souriant les «hospitaleros».

Mais je m'inquiète beaucoup plus pour mes genoux qui brûlent. Mais bon, voilà enfin le moment d'entrer. Je choisis mon lit et je m'installe. Il y a plus de 100 places dans ce refuge, c'est assez impressionnant. Il faut déposer nos bottes sur les supports à l'entrée pour épargner aux autres les effluves de pèlerin. J'imagine qu'après quelques jours, certaines bottes doivent être capables de tuer quelqu'un rien qu'à l'odeur...

Je lave ensuite mes vêtements à l'intérieur dans de grands lavabos pour aller ensuite à l'extérieur les passer au «tordeur» (je les écrase plutôt). Et voilà le tout sur la corde à linge.

Je me prépare à aller souper dans un restaurant qui offre le «repas de pèlerin» à 9 euros. J'y rencontre une Française de Lyon, Anne. Dès le dessert terminé, allez ouste ! Sortez ! Il y a un autre groupe de pèlerins qui attend pour manger.

Couchée très tôt, le temps ne sera pas long avant que je m'endorme. Comme j'ai des bouchons, personne ne viendra assombrir cette nuit de sommeil. 

Par Francine
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Dimanche 31 août 2008 7 31 /08 /2008 18:52

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Anne et moi partons à 6h30. Il fait encore nuit mais pas pour longtemps. Le chemin est encore très abrupt, en montant comme en descendant. Je pense à ma copine Ginette qui a vécu ça au printemps 2007 mais sous la pluie. Je comprends maintenant ce qu'elle décrivait et moi, je n'ai même pas à supporter la pluie, bien au contraire, il fait un temps superbe !

On rencontre maintenant beaucoup d'Espagnols qui nous lancent un «Olà !» en nous dépassant. Ça correspond à notre «Salut !». J'apprendrai plus tard qu'on ne dit pas «Olà !» aux personnes qu'on ne connait pas beaucoup et aux personnes plus agées que nous. On ne le dit surtout pas systématiquement aux gens qu'on rencontre en Navarre car ce sont souvent des Basques et dire «Olà !» correspond à leur parler espagnol, ce qu'ils n'apprécient guère.

En fait, on doit se le dire entre pèlerins, un point c'est tout.

Le paysage est magnifique mais différent. Ça ressemble un peu au Québec avec des forêts très fournies. Je me remplis les yeux. Je trouve toujours étonnant de voir quelqu'un qui passe près de moi et regarde son cellulaire (on dit «portable» en Europe) plutôt que le paysage. Souvent, je croise à nouveau cette personne quelques kilomètres plus loin, toujours à regarder son portable..

Un peu plus tard, j'ai les pieds qui brûlent alors Anne et moi arrêtons dîner. Je me déchausse pour regarder ce qui se passe et à mon grand désespoir, j'ai des ampoules. Il faut dire que toute ma vie, peu importe les bottes, peu importe les bas et malgré l'ajout de crème de toutes sortes, j'ai souvent eu des ampoules. Il paraît que j'ai des pieds «à ça». Pourtant, lors de mes dernières semaines de marche au Québec, je m'en sortais bien.  

J'espérais me rendre à Larrasoaña avec Anne mais je dois m'arrêter à Zubiri. Quelle déception ! J'ai aussi mal aux talons. Probablement à cause de la descente des Pyrénées. Je suis déçue de perdre Anne qui continue mais je m'y attendais un peu car elle est nettement plus rapide que moi.   

À l'albergue, je rencontre Marie-Thérèse qui était à ma table à Saint-Jean-Pied-de-Port. On fait notre lavage puis on va souper ensemble. Au retour, j'essaie de traiter mes ampoules du mieux que je peux. Quand je pense que je n'ai que 3 jours de fait ! Comment me débarrasser de ça ?  

Je pense à mon chum et je me rappelle que c'est notre anniversaire de mariage aujourd'hui. Ça fait 22 ans qu'on est ensemble. Il me manque.

Par Francine
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Lundi 1 septembre 2008 1 01 /09 /2008 19:32

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(Villava se trouve juste un peu avant Pamplona)

Départ à 6h45. Il fait encore très noir. J'ai ma lampe frontale mais, dès la sortie du village, je ne réussis pas à voir les flèches. Je me décide à partir vers la gauche où il semble y avoir un sentier qui va vers la forêt. Après quelques pas, j'entends «Aki ! Aki !» (Ici ! Ici !, en espagnol). Je vois bien qu'il y a quelqu'un près d'une voiture en marche, à côté d'une maison.

Je ne suis pas rassurée. Je ne vois qu'une silhouette et je suis complètement seule. La personne continue de me faire signe d'aller vers sa droite, en passant devant lui. Que faire ? Je dois passer dans cette ruelle pour aller où il me dit. Je finis par me résigner et je marche vers lui. Une fois tout près, je constate que c'est un «grand-papa» espagnol complètement désemparé de me voir partir vers la forêt. Il me parle en espagnol et je comprends «Camino». J'éclaire la ruelle avec ma lampe puis je vois la flèche sur le mur. Je le remercie et je pars, le coeur qui bat la chamade.

Après avoir marché un bout dans le noir, je rencontre Michelle, une française qui n'a pas de lampe frontale et qui marche à tatons. On fait un bout ensemble. Elle vient de Montpellier et elle parle comme Francis Cabrel. Elle ne dit pas «demain» mais «demaing».  

Finalement, le jour se lève et je perd Michelle qui marche beaucoup plus vite que moi. La suite du chemin est très difficile. Je suis mal équipée pour traiter les ampoules et je n'ai pas ce qu'il faut comme pansements. J'ai donc très mal.

Par contre, les paysages sont encore magnifiques. Je croise une maison où les propriétaires ont installé une table avec des fruits, des petits gâteaux et des breuvages qu'on achète pour pas cher. J'y prends quelques minutes de repos.

Je marche encore longtemps et j'espère me rendre à Pamplona mais je ne suis pas capable. Je me trouve plaignarde et ça me décourage. Je m'arrête à Villava et je vais dans un hôtel. Grave erreur car en plus d'être estropiée, je me retrouve complètement seule. Évidemment aucun pèlerin à l'horizon. J'apprendrai plus tard que l'albergue «Cofradia de la Trinidad de Arre» était vraiment très bien et je suis passée devant sans m'arrêter.

Journée à oublier.

Par Francine
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Mardi 2 septembre 2008 2 02 /09 /2008 19:42

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Je me lève à 6h00 pour reprendre le Chemin. J'essaie de ne pas filer «cheap» parce que j'ai un jour de retard sur ce que j'avais prévu.

Je traverse Pamplona mais malheureusement, le sentier ne montre pas beaucoup la ville. C'est quand même beau car je longe une rivière puis je traverse un parc et je passe près des remparts de la ville. Je m'arrête dans une boutique pour m'acheter des piles pour mon appareil photo. Alors que j'ai fait 1 ou 2 kilomètres, je me rends compte que j'ai oublié mes bâtons dans cette boutique...

AHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHHH !

Je reviens en courant avec mes pieds débiles. Je capote à l'idée que quelqu'un soit parti avec mes bâtons. Ne manquerait plus que ça. Maman !!!! Mais non, l'homme de la boutique les avait mis derrière le comptoir et m'attendait devant la porte sachant bien que j'allais revenir.

Évidemment, après une dizaine de kilomètres, je dois m'arrêter tellement j'ai mal aux pieds et aux genoux. J'en ai les larmes aux yeux. Il est à peine 10h00 du matin. Comment vais-je pouvoir terminer le Chemin à ce rythme ? Est-ce que tout le monde supporte la même douleur sans s'arrêter ? Est-ce moi qui suis douillette ?

Mais bon, je décide de laisser tomber l'orgueil et de toute façon, j'ai des jours en réserve. Et si je ne règle pas ce problème maintenant, je ne pourrai pas terminer, c'est certain. Il faut d'abord que je me calme et que je me repose.

Vers midi, l'«hospitaleros» m'ouvre la porte. Elle parle français, quelle joie ! À me voir marcher, elle comprends que je suis blessée et me dit d'aller porter mes affaires et de m'installer à une table et qu'elle va regarder ça. Je ne sais pas trop si je dois être contente ou apeurée qu'elle «regarde ça». La dame est assez agée et porte des lunettes très épaisses sur le nez. Elle est même un peu rigolote dans sa démarche. C'est Maribel, personnage haut en couleur.

Les gens arrivent de plus en plus. Elle gère tout ça à la vitesse de l'éclair puis revient vers moi. Ichhh ! J'ai peur. Elle regarde mes pieds, sort ses «instruments» et vide les ampoules de leurs liquides. Après, elle désinfecte le tout et applique un pansement. Je remets mes Crocs (mes souliers de fin de journée) et je marche déjà mieux. Cool !

Je m'installe à une table pour écrire ma lettre quotidienne. Je vais en avoir des choses à raconter. Je regarde les gens arriver. Ça n'arrête pas. Maribel non plus n'arrête pas. Elle «opère» tout le monde et tout le monde semble blessé. C'est incroyable !

Il fait beau et chaud. Encore aujourd'hui, il doit bien faire 30° ou 32°. C'est étouffant. Je suis déjà bronzée mais en partie seulement à cause des bas et du chandail. Ça fait dur !

Une femme vient s'asseoir à ma table. C'est Magdeleine de Bayonne, une basque super gentille. Elle est avec Anita de Jatxau. On parle du Chemin. Je suis contente de pouvoir partager avec quelqu'un. Puis, je vais faire mon lavage et m'installer. Je suis calme maintenant et mon moral remonte tranquillement.

Je me promène dans le jardin qui est très grand. Je m'amuse à tenter d'apprivoiser un chat. Il est maigre à faire peur. Je pense à mon chat qui est gras comme un voleur. Un peu plus loin, un étang vert est la demeure d'une dizaine de tortues. Les tables sont nombreuses dans le jardin et en me baladant, j'entends parler Québécois alors je m'approche. On fait les présentations. Je fais la connaissance de Marthe qui vient de Ste-Foy (et ben, tu parles !), de Khira, une Française de Le Mans et de Florence, une Bretonne. On discute un bon moment et elles m'invitent à souper avec elle.

Je suis super contente et j'ai déjà le coeur moins lourd.

Par Francine
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Mercredi 3 septembre 2008 3 03 /09 /2008 22:32

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Je pars à 7h00 ce matin après une bonne nuit de sommeil. Maribel a fait un travail extraordinaire avec mes pieds. Quel plaisir !

Je pars seule, comme à mon habitude. Les nuages sont très bas alors je ne verrai que très peu l'énorme parc d'éoliennes de la Sierra del Perdon. Une fois en haut, je suis très étonnée de voir plein de bus. Je pensais que cet endroit n'était accessible qu'à pied. Iñigo (un Espagnol) me prend en photo.

Je marche le long de grands champs de tournesol, qui ont perdus beaucoup de leurs belles pétales jaunes. Je vois aussi des oliviers et parfois des vignes. De gros nuages sont encore très présents dans le ciel mais il ne fait pas froid. Va-t-il pleuvoir ?

Je m'arrête pour dîner et les tables sont prises d'assaut par des chats qui espèrent avoir un petit quelque chose des pèlerins. Naturellement, je leur donne presque tout mon dîner. Ils sont si maigres et me regardent avec un air de chat botté.

Je continue. Me voilà à Puenta la Reina. Il y a un refuge tout de suite à l'entrée de la ville mais je ne veux pas m'arrêter là. J'en ai vu un autre dans mon «Miam-Miam Dodo» (guide pour pèlerins) et je décide de m'y rendre. Il est à l'autre bout de la ville et en haut d'une colline. Ça monte, ça monte. Ouf ! Me voilà enfin arrivée.

Au comptoir, un gentil monsieur m'offre un verre d'eau pour l'effort fourni et tamponne ma crédential. Je pars m'installer. C'est un très beau refuge (ou «albergue» en espagnol) et je suis dans une grande chambre.

Côté vie de pèlerin, ce n'est pas toujours facile. On apprend la tolérance et l'indulgence sur ce Chemin. En effet, où il y a de l'homme, il y a de l'hommerie alors on doit faire face aux pèlerins qui s'accaparent tous les séchoirs à vêtements, ceux qui parlent fort quand les autres dorment, ceux qui mettent leurs vêtements sur deux ou trois lits pour réserver pour les copains qui arrivent beaucoup plus tard (laissant aux autres l'impression qu'il n'y a plus de place), ceux qui ne lavent pas les casseroles et, les pires, ceux qui se lèvent à 5h00 du matin et réveillent tout le monde.

Heureusement, la gentillesse de tous les autres compensent pour les idiots.

Mais revenons à la journée. Avant le souper, Iñigo et Itziar, les Espagnols, arrivent avec de grosses bouteilles de bière San Miguel et m'invitent (moi et quelques autres) à en boire avec eux. Comme on n'a pas de verre, on boit à la bouteille. Exit les bactéries. S'il y en a un de malade, on va tous l'être. On a tellement rit. Je parle anglais avec Iñigo et comme je ne parle pas anglais, ça vaut le détour. Ces moments de pure folie font oublier tous les bobos et les soucis.

Nous aurons le repas fournit dans cette albergue. Youppi ! Mais voilà, c'est de la saucisse. Je mangerai donc de la saucisse. Faut bien survivre (je suis végétarienne). Jusqu'à maintenant, je ne pense pas perdre une once sur ce chemin. On mange tout le temps ! Sans compter le vin !

J'ai maintenant fait presque 100 kilomètres. Jusqu'à aujourd'hui, je n'aurais jamais cru ça possible !

Par Francine
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Jeudi 4 septembre 2008 4 04 /09 /2008 23:10


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Ouf ! Je pense que j'y suis allée un peu fort sur le vin hier soir ! Le lever est difficile. Faut dire qu'on s'est bien amusé au souper Magdeleine, Anita et moi. Et avec la bière des Espagnols...

Je pars quand même très tôt. La route est très belle et je vois de plus en plus de vignes. Il est évident qu'on s'en va vers le Rioja. D'ailleurs, il fait encore très chaud. Sur le chemin, c'est bondé. Il faut dire que je fais maintenant les étapes de la feuille remise à l'accueil de Saint-Jean-Pied-de-Port et tout le monde fait pareil. Ça parait. Je réussis rarement à me retrouver seule. J'aime bien être seule pour faire le vide, réfléchir.

Je marche un bout avec Pascale et Patrick, des Français de la région de La Rochelle. Pascale souffre beaucoup, surtout du dos je crois. Patrick est très compréhensif et va à son rythme à elle. Ils sont très sympathiques. Ils aiment même le beurre d'arachides, chose assez rare chez les Français. J'ai perdu Anita et Magdeleine qui ont fini leur bout de chemin pour cette année. Les Français font souvent le Chemin de Compostelle par petits bouts.

Je vois au loin le petit village de Cirauqui. Il est situé sur un promontoire et laisse deviner ses charmes. Ce n'était pas un mirage, c'est superbe ! Je prends beaucoup de photos.

Encore quelques kilomètres et me voilà à Estella. Je suis encore dans un endroit magnifique. Je vais m'acheter une camisole car il fait de plus en plus chaud. Je rencontre Florence et on décide d'aller se faire une petite épicerie et souper ensemble à l'albergue. Elle me fait rigoler parce qu'elle dit toujours «Alors du coup...» comme disent souvent les Français. Il y a un Anglais qui la drague et elle lui en fait baver parce qu'elle le trouve mal élevé, et elle n'a pas tord car quand il vient pour lui parler, il coupe la parole à tout le monde, même à elle.

L'albergue est très bien. C'est grand et beau. Je fais la connaissance de Pierrette et Ginette, des filles de Chicoutimi. Il y a également deux soeurs qui se ressemblent comme deux gouttes d'eau mais qui ne sont pas des jumelles. Je regrette de ne plus me rappeler leurs noms.

En fin de journée, un Espagnol chante dehors et fait de la musique avec un vieux bambou fendu sur le long, ce qui donne un son de tambour. Je pense à mon chum qui est au Québec et qui me manque beaucoup. 

 

Par Francine
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Vendredi 5 septembre 2008 5 05 /09 /2008 02:09

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Levée très tôt, c'est le départ à 7h00. Je déjeune avec des toasts melba et de la confiture d'abricot. C'est tout ce qu'il y a pour le déjeuner à 2,50 euros. De retour au Québec, je ne mangerai plus jamais de confiture d'abricot.

Et c'est le départ. On passe par la fontaine Irache. Il y a deux robinets, un qui donne de l'eau et l'autre qui donne du vin. Naturellement, il y a foule même à 8h00 le matin.  La fontaine est magnifique. Pierrette me prend en photo.

Je continue jusqu'à Villamayor de Monjardin. C'est un très beau village. Je prends plusieurs photos. Je crois que Florence s'est arrêtée là.

J'aurais dû faire pareil car le reste du Chemin a été très difficile pour moi. Je dis pour moi car je ne me suis pas arrêtée sur 22 kilomètres croyant trouver Los Arcos après chaque détour. Ce n'était pas le cas. Je me suis brûlée.

Déjà bien découragée et bien mal en point, je suis très déçue en voyant le village qui est horrible. Il y a des déchets partout, les rues sont en béton rapiécé (plutôt que les beaux pavés habituels), il y a des portes à moitié arrachées et bien d'autres horreurs. Mais bon, je me dis «Je resterai à l'albergue». Dans le guide, il est d'ailleurs écrit : «Sympathique refuge privé».

Mensonge ! La visite à ce refuge dans le guide doit dater de longtemps car je me retrouve dans un refuge minable, couchée dans les combles sur un matelas douteux. De plus, les seuls Français sur place, à qui j'ai légèrement adressé la parole, m'ignorent royalement. ! Pour faire disparaître ma peine, je me jette sur l'ordinateur pour voir si quelqu'un m'a écrit. Mais non, personne ! Comme je suis assise dans la salle commune, ce n'est pas le temps de me mettre à brailler ! Comme j'ai le «moton», je pars marcher à l'extérieur mais il y a du monde partout. Je reviens à l'albergue et m'en vais sur mon matelas miteux mais encore là, c'est plein de monde. Dans la cuisine ? Pareil. Dans le salon ? Idem.

Je finis par m'enfermer dans les toilettes et je pleure comme une Madeleine.

Une fois calmée, je traite mes pieds. En plus des ampoules, j'ai maintenant des problèmes de pieds d'athlètes. Shit ! Je retourne dans le village, cette fois un peu plus loin pour constater qu'autour de l'église, c'est finalement très joli. La grande place est agrémentée de jolies tables où les gens prennent un verre. Je reconnais plusieurs pèlerins que je ne connais malheureusement pas assez pour me joindre à eux.  

Je me couche vers 21h30 comme la plupart des gens dans la pièce. À 22h30, alors que tout le monde dort, deux jeunes Espagnoles arrivent pour se coucher et ouvre la lumière comme si elles étaient seules dans la pièce.
Par Francine
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Samedi 6 septembre 2008 6 06 /09 /2008 03:02

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Ouf ! Quelle nuit ! C'est le mal de jambes qui m'a réveillée à plusieurs reprises. J'avais des élancements, comme des contractions. Mais il faut bien partir.

En chemin, je croise Solange, une bretonne, que le mari a cavalièrement abandonnée sur le Chemin parce qu'elle ne marchait pas assez vite. Elle est assise sur le bord de la route et pleure. Je lui offre de faire un bout de chemin avec moi mais elle décline gentiment me disant qu'elle a trop mal aux pieds. Elle a visiblement envie de rester seule.

Je continue ma marche mais malheureusement, après 8 km, je n'en peux plus. Je sais qu'il n'y a qu'un refuge à Torres del Rio. Après l'avoir trouvé, je m'assieds sur le banc et j'attends que ça ouvre.

Je vois arriver deux hommes et une femme, des Français. Un des hommes boite sérieusement, l'autre un peu moins. Une fois à ma hauteur, la dame me demande si c'est ouvert et devant ma réponse négative, ils s'asseyent près de moi. On se présente. Ce sont Michel, Gilbert et Simone. Ils viennent de la région de Grenoble. Michel a un genou énorme dû à l'enflure. Gilbert souffre lui aussi. Ils attendent Pierre et Gérard qui marchent sur le Chemin. Eux viennent d'arriver en bus en raison de l'état de Michel.

Voilà que le refuge ouvre. Je leur demande si je peux m'installer dans leur chambre étant donné qu'il reste un lit, ce qu'ils acceptent avec gentillesse. On se réuni sur la terrasse et on prend une bière. Je leur demande si je peux me joindre à eux pour le souper et je propose d'apporter le vin. Michel me dit que si je ne l'avais pas demandé, il me l'aurait offert de toute façon. Franchement, ces Français sont vraiment gentils.

Je prépare mes choses pour aller prendre ma douche et pour la première fois sur le Chemin, je tombe sur des douches communes. Ouais... Je finis par laisser tomber la douche.

Je quitte l'albergue pour me rendre au guichet car il me reste moins de 20 euros. Une fois devant le guichet, j'ai un blanc. Quel est donc mon code d'accès ? J'essaie une fois, deux fois, trois fois. Je dois devenir un peu plus blanche à chaque fois que le guichet me répond que ça ne fonctionne pas.  

Trois jours avant de quitter le Québec, j'ai été avertie qu'il y avait peut-être eu copie de ma carte et ma banque m'a demandé de la changer le plus rapidement possible. Une fois à la banque, j'ai demandé à la dame s'il serait préférable que je change mon code d'accès et elle m'a répondu oui. Et je l'ai changé. J'avais le même code d'accès depuis des années. Et là, je ne me souviens plus du nouveau.

Je reste là, devant le guichet, complètement décontenancée. J'essaie de faire aller ma mémoire mais rien n'y fait. Quel était donc ce foutu code d'accès ! MAIS QUEL ÉTAIT DONC CE FOUTU CODE D'ACCÈS !!! 

Je retourne à l'albergue et je vais sur Internet. J'écris mon problème à Marcel et je vais sur le site de ma banque pour trouver leur numéro de téléphone. J'appelle immédiatement. Une dame me répond et me dit qu'elle ne peut rien faire, qu'il faut qu'elle ait ma carte en main pour changer le code. En même temps, le téléphone public que j'utilise mange les pauvres euros qu'il me reste à une vitesse phénoménale.

Je vous épargne les détails sinon je vais prendre 5 pages de mon blogue. Pour résumer, après plusieurs  appels à la banque et à Marcel, rien n'y fait. Je n'ai pratiquement plus d'euros. Je n'a i rien pour souper ni pour déjeuner le lendemain. Je panique.

Au Québec, Marcel quitte son travail pour se rendre à la banque. Heureusement, une fois tous assis ensemble, le personnel de la banque et lui concoctent un accès sur une autre carte que j'ai conjointement avec Marcel et ils m'appellent.

Entretemps, je suis dans ma chambre complètement pétrifiée à l'idée de ce qui va arriver à mon voyage. Je peux bien chialer que c'est difficile, que je veux m'en aller chez moi mais devant la possibilité que ça m'arrive, je ne chante plus la même chanson. Michel, toujours gentleman, vient alors me voir pour me dire que le groupe (Pierre et Gérard sont arrivés) va se cotiser pour me prêter des sous. Tu parles ! Je n'en reviens pas de tant de gentillesse.

Mais tout s'arrange et je peux finalement sortir de l'argent de cette foutu machine ! Ouf !

Par Francine
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Dimanche 7 septembre 2008 7 07 /09 /2008 03:17

Visualiser le trajet sur le site espagnol «Consumer Eroski»
 

Je me sens super bien ce matin après toute l'aventure d'hier soir. Mes amis Français ont tellement blagué durant le souper et j'ai tellement ri que j'ai fini par oublier mes soucis. Ils se taquinent continuellement entre eux. Michel me dit d'acheter une boisson typique de son coin de pays «La Chartreuse». Je vais goûter à ça une fois de retour au Québec.

Donc, c'est le départ. Pierre et Gérard vont à Navarrete. Une marche de 30 kilomètres ! En ce qui me concerne, je me donne Logroño comme but aujourd'hui. On part en se promettant de s'écrire. Il est 6h30.

Il fait très noir. Je regrette de ne pas avoir fait un bout de chemin avec Pierre et Gérard. Moi qui me plains qu'il y a trop de monde sur le chemin, je suis servie ce matin, il n'y a pas un chat ! Mais bon, comme toujours, le soleil se lève rapidement à l'horizon. Ce qui est dommage sur le Chemin, c'est que le soleil se lève toujours derrière nous. Faudrait changer ça.

Le chemin entre Torres del Rio et Viana est magnifique et il fait un temps superbe. Je médite car je suis seule au monde devant le jour qui se lève. C'est féérique. Je constate que je n'ai pas eu une seule goutte de pluie jusqu'à maintenant. Quelle chance !

Arrivée à Viana, je m'arrête manger quelque chose. Comme le refuge de Torres del Rio n'offrait pas le déjeuner, je n'ai rien dans le ventre pour le moment. Habituellement, j'achète quelque chose la veille que je peux manger le lendemain mais avec l'histoire d'argent, je n'ai rien. Donc, à Viana, je demande un sandwich à l'omelette et il arrive plein de viande. Ben coup donc... Avec un bon jus d'ananas, c'était quand même délicieux.

Je reprends le Chemin vers Logroño. Le sentier est jonché de pierre grosse comme des pamplemousses. Il faut y aller tranquillement. Et voilà que je commence à avoir mal aux pieds. J'essaie de me changer les idées mais rien n'y fait. Heureusement, j'arrive. Je suis récompensée car l'albergue est superbe et la vieille ville également. Je suis maintenant dans la province du Rioja. La région vinicole espagnole !

Une fois installée, je constate que beaucoup de personnes sont couchées même s'il n'est que 16h00. Le chemin a été difficile pour plusieurs. Subitement, un jeune Espagnol entre dans notre dortoir et crie à un jeune au fond de la pièce, réveillant plusieurs pèlerins. Personne ne dit un mot. Par contre, après une troisième fois, un Français lui dit d'arrêter de gueuler. L'Espagnol fait signe qu'il n'est que 16h00 et le Français de lui répondre que peu importe, il n'est pas nécessaire de crier, qu'il n'a qu'à s'avancer pour aller parler à son copain.

Là-dessus, un jeune homme parlant espagnol et français s'avance et tente de calmer les esprits. Il semble avoir à peine 25 ou 30 ans. J'apprendrai plus tard que c'est un Jésuite ! Ayoye ! Il y a des histoires comme ça sur le Chemin qu'on n'oublie pas. Le calme et la gentillesse de ce jeune homme, c'était tellement beau à voir.

Je fais connaissance avec Claire, une fille de Moncton ainsi que Mimi et Farida, des Françaises de La Rochelle. Claire et moi allons en ville pour manger. Dans les restaurants espagnols, c'est toujours surprenant de constater qu'on y fume beaucoup et que les gens jettent tout par terre. Ils y amènent même leurs chiens !
Par Francine
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Lundi 8 septembre 2008 1 08 /09 /2008 20:37

Visualiser le trajet sur le site espagnol «Consumer Eroski» 

Journée habituelle. Levée tôt, je pars tout de suite après avoir déjeuné. 

Un peu plus tard, je m'arrête et consulte mon «Miam-miam dodo» qui m'indique un beau refuge à Ventosa. 

Quand j'arrive tout près de l'intersection pour le village, je constate que beaucoup de pèlerins prennent ce chemin. Je m'énerve un peu car il est déjà passé midi et je me dis qu'à ce rythme, je n'aurai plus de place. J'accélère. Malgré tout, j'avance moins rapidement que la plupart des autres pèlerins surtout à cause de mes ampoules. J'accélère encore un peu. Je fatigue vite. Je m'essoufle. Et il y a encore des pèlerins qui me dépassent.  

Je fais un bon 2 kilomètres comme ça et finalement, j'arrive tout près de l'albergue pour constater que... je suis la première. Tous ceux qui prenaient le chemin du village s'en allait plutôt au bar (c'est comme ça qu'on appelle les restaurants en Espagne). Je m'écrase près de la porte avec mon sac à dos encore sur le dos. Je me trouve complètement ridicule. Il faut que j'arrête de m'énerver comme ça. J'ai encore plus de 500 km à faire et si j'agis comme ça à chaque fois, je n'y arriverai jamais. 

Je reste un bon 15 minutes assise là à réfléchir. Le Chemin nous fait réaliser tellement de choses. Comme cette situation. Je suis sur le Chemin depuis 11 jours et je n'ai jamais eu de problèmes à me loger. Pourquoi suis-je si inquiète alors ? 

Des pèlerins commencent à arriver. On échange tous ensemble puis l'hospitaleros nous ouvre. C'est un TRÈS beau refuge. Impressionnant ! Seule déception, la dame n'est pas très accueillante. Mais faut faire avec ! Elle est peut-être lasse des pèlerins qui ne sont, fort probablement, pas toujours aimables. 

Je m'installe dans un beau petit coin tranquille et bonheur, il y a du Coke diète (Coca light en Europe) dans la machine. Il y a même du chocolat. Je m'achète une KitKat et un Coca et j'écris à Marcel. Dieu qu'il me manque !  

Je quitte ensuite pour aller à l'épicerie m'acheter des trucs pour me faire à souper. Au retour, j'apprends que les jeunes pèlerins de l'albergue ont fait de la bouffe pour tout le monde. Il faut apporter du vin si on veut avoir le droit de bouffer. Youppi ! 

On mangera ce soir-là des plats typiquement allemands, hollandais, suisses, danois et j'en passe. Il y a 11 nationalités autour de la table. Après le souper et après avoir bu tout le vin, ça chante des chansons du pays. On en entend de toutes les sortes. Les Italiens chantent «O-So-Lé-Mi-OOOOOO» (voir le vidéo). On rit beaucoup. Ils me demandent de chanter du Céline Dion.

Ben oui ! Un chausson avec ça... 

Par Francine
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