Mercredi 24 septembre 2008 3 24 /09 /2008 04:51

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Je ne sais ce qu'il y a dans l'air ce matin... Un grand groupe de pèlerins se lève à 5h00 pour partir. L'Allemand à côté de moi est très fâché de tout ce boucan ! Je pars à 7h30 et je m'égare dans le village. Une fois sur le bon chemin, je me retrouve un peu plus loin avec le choix entre deux chemins; longer encore la N120 ou prendre la campagne. Je choisis la campagne.

Au départ, tout va bien. De grands champs de pommes de terre, je me crois presque dans mon village. À Hospital de Orbigo, je m'arrête pour déjeuner dans un hôtel. Il y a beaucoup de touristes qui déjeunent eux aussi. À un moment donné, l'un deux me parle en français et me demande si je suis canadienne (j'ai un drapeau du Québec et un autre du Canada sur mon sac à dos). Je réponds par l'affirmative et aussitôt, je suis entourée par une nuée de touristes de l'Ouest Canadien qui me posent un paquet de questions (via l'interprète) à propos du Chemin.

  • Est-ce que je couche dans les grands dortoirs ?
  • Est-ce que je marche depuis Saint-Jean-Pied-de-Port ?
  • Qu'est-ce que je mange ?
  • Est-ce que c'est vrai que les douches sont mixtes parfois ?
  • Est-ce que c'est difficile ?

Eux aussi font le Chemin mais en autobus et marchent (s'ils le veulent) de petits bouts, entre 5 et 10 kilomètres et couchent à l'hôtel. Tout est organisé. Je trouve que c'est bien pour ces personnes qui ne pourraient pas faire le Chemin sinon, surtout en raison de leur mobilité réduite.

Je reprends le Chemin. Je marche de village en village, toujours très beau. Après quelques temps, le chemin se transforme en petites descentes abruptes et rocailleuses. Ça devient éprouvant. Je ralentis l'allure car je commence à avoir mal aux genoux. Je rencontre Michelle et Monique qui viennent de terminer leur dîner. Elles souffrent toutes les deux des genoux elles aussi. Je fais un bout avec elles.

Je cherche un coin pour dîner à mon tour. Je vois un bel arbre un peu en retrait et je décide de quitter les filles pour aller m'y installer et avoir un peu d'ombre. Mal m'en pris car une fois assise avec mon dîner sur les genoux, je vois qu'il y a plein de bardanes (appelés plus communément «toc» au Québec) tout autour de moi. Mais je me résigne à rester car de toute façon, je n'ai pas d'ombre nulle part ailleurs. Je mange vite et finalement, je ne me repose pas beaucoup.

Le pire dans l'histoire c'est qu'une fois repartie, je fais à peine un demi-kilomètres pour constater qu'il y a un bel endroit pour pèlerin avec tables et ombre à souhait. Mautadit !

Je continue mon chemin avec mes genoux qui me crient d'arrêter. Mais comme ce chemin réserve toujours de belles surprises, quand j'arrive à l'albergue, c'est super beau, super confortable et avec de tous petits dortoirs. Dans le mien, nous ne sommes que des filles. Je fais connaissance avec Marina, une jeune Suisse qui est toute mélangée après avoir fait la connaissance d'un Espagnol (qui a laissé le chemin pour retourner chez lui) de qui elle s'est entichée. Elle se pose plein de questions.

Je me douche et je pars en visite. Une fois dans les Crocs, les pieds me font moins souffrir et les genoux sont déjà mieux. Je constate que la ville est ceinturée de murailles et, comme dans la plupart des villes espagnoles, il y a une «playa mayor» où tout le monde se rassemble avant le souper.

Avant de partir pour faire le Chemin de Compostelle, j'avais consulté beaucoup de documentation et il y avait des lieux que je voulais visiter dont le palais Gaudi dit le "palais des papes", ici à Astorga. Et m'y voici. Je l'ai là devant moi, joyaux architectural qui me laisse sans voix. Je suis assise sur un banc et je l'admire. Il y a également la cathédrale, juste à côté, qui n'est pas en reste.

De retour sur la playa Major, j'entends quelqu'un qui m'interpelle. Ce sont Monique et Michelle qui prennent un rosé et m'invitent à me joindre à elles. Nous allons souper ensemble. Quelle belle journée !

Par Francine
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Jeudi 25 septembre 2008 4 25 /09 /2008 04:52

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Ce matin, l'hospitaleros nous réveille par un «Buenos Dias» tonnitruant. Il faut quitter afin qu'il prépare l'albergue pour les pèlerins qui s'en viennent. Je pars vers 8h30. Tu parles d'une heure pour partir !  

Le chemin est sublime. Fini la grande route. De plus, il fait encore très beau. J'ai une nouvelle ampoule au pied droit mais comme je l'ai bien soignée et bien emballée, elle ne me fait pas trop souffrir.

En chemin, à l'entrée d'un village, un homme fait des bâtons de marche qu'il donne aux pèlerins qui en demande. Si on veut, on donne quelque chose sinon rien du tout. C'est gratuit ! Il me parle en Espagnol et je ne comprends rien. Je lui dit «No habla espagnol !» mais il continue à parler quand même. Il a sur sa casquette tout un tas d'épinglettes dont une du Canada et une de la ville de Québec. C'est amusant. À la sortie de ce village, une pèlerine tente tant bien que mal de manger son dîner, assise sur un banc. Elle est envahie par les chats qui voudraient bien avoir un petit morceau. Ils ne sont pas méchants ni agressifs mais la dame n'aime pas les chats. L'image est un peu cocasse.

Je prends beaucoup de photos de belles maisons dans les villages ou de paysages surprenants sur le Chemin. Je m'arrête dîner dans un bel endroit spécialement aménagé pour les pèlerins. Il y a là Abraham, un Africain du Sud et Marina, la Suissesse connu à Azofra. Comme Marina parle un peu français, elle me traduit ce que dit Abraham. Il s'étonne que je ne parle pas anglais car je viens du Canada. Il me parle d'une femme qu'il a connu sur le Chemin et qui venait d'Ontario. Je lui demande si elle parlait français et il me dit que non. Je lui demande si ça l'a étonné et il me répond «Non, pourquoi ?».

«Pour rien !». Mouais, que je me dis...

J'arrive à Rabanal del Camino. Super beau village. Super belle albergue. Super beau trajet. Super beau paysage. La totale ! Le refuge «Nuestra Señora del Pilar» a un petit bar, une salle à manger extérieure et une intérieure ainsi qu'un beau grand dortoir. Ma «gang» est là soit Marthe, Michelle, Monique, Claude et Bobby. Jean-Michel et Khira sont dans un autre refuge du même village. Jacques et Monique ont pris de l'avance pour arriver rapidement à Santiago car par la suite, ils partent en voiture et visitent l'Espagne.

La nourriture est excellente et l'ambiance agréable. Je rencontre un pèlerin de longue date que tout le monde connaît ici. Il est constamment sur le Chemin. Je me fais prendre en photo avec lui.

Je m'installe pour écrire ma lettre quotidienne. Un couple de japonais s'assied près de moi et l'homme sort de son sac à dos... son ordinateur portable ! Ayoye ! Ça doit peser une tonne !

Nous allons ensuite visiter le village et quelques-uns assistent à une messe grégorienne. Il y a un monastère dans le village qui accueille les pèlerins. Par contre, il faut y rester au moins deux jours et c'est un endroit qui privilégie le calme et la méditation.

Nous finissons notre journée par un bon repas au restaurant. J'ai maintenant fait 545 kilomètres.

 

Par Francine
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Vendredi 26 septembre 2008 5 26 /09 /2008 04:53

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Départ pour une belle montée qui m'amène à la «Croix de fer», endroit mythique du Chemin. La tradition veut que l'on dépose à cet endroit une pierre qui nous représente. En fait, le principe est de traîner sur soi une pierre durant plusieurs semaines, voire plusieurs mois et, chaque fois que notre attitude n'est pas convenable (attitude de colère, de jalousie, d'envie, de médisance, etc), serrer cette pierre pour y introduire nos mauvais comportements. Une fois à la Croix de fer, le fait de déposer la pierre à cet endroit devrait nous débarrasser de tout ça. Naturellement, il faut y croire.

Je dépose soigneusement ma pierre pleine de mauvaises habitudes en espérant que la légende est vraie. Je suis émue. Il y a là de très grosses pierres. J'espère que personne n'a traîné ça sur le Chemin... 

Je continue à monter. Ce qu'il fait froid ce matin. J'ai mes mitaines et deux ou trois chandails mais je gèle. Une fois sur le haut de la montagne, l'homme japonais qui traine son ordinateur portable accepte de me prendre en photo. Je lui offre de le prendre en photo avec sa dame avec son appareil mais il ne veut pas du tout. Il a un appareil énorme qui doit coûter assez cher.

Par la suite, c'est la descente. Très en longueur et très abrupte. J'haïe ça descendre. Ouille ! Ouille ! Mon genou. Puis tout à coup, une vision magnifique s'offre à moi. À flan de montagne, un petit village s'accroche. C'est El Acebo. Lorsque j'y entre, je me dis qu'aucune voiture ne peut venir ici mais non, il y en a ! Toutes petites mais quand même, il y en a ! Je décide de m'installer à l'«albergue paroquial» (l'auberge paroissiale) qui est tenue par un français, le temps de ses vacances. J'y rencontre Danielle, une fille d'Ottawa qui a reçu la visite des punaises dans un autre refuge qui était pourtant très propore me dit-elle. Comme elle est allergique, ses plaies se sont infectées et elle est très mal en point. Mais elle prend ça en riant et me dis que le pire est passé maintenant. Je visite un peu le village qui est très beau, presque médiéval. On voit les vallées de chaque côté et Ponferrada, minuscule point à l'horizon. Nous ne sommes que 4 ou 5 dans l'albergue et je me dis que ça sera bien tranquille.

Pas vraiment. Onze Allemandes arrivent avant le souper. Elles font le Chemin ensemble. Ouf ! Ça ne doit pas être facile. Déjà qu'à deux, j'en vois souvent qui discutent fort de l'endroit et de l'heure de s'arrêter, la distance à faire le lendemain, où aller manger, etc. Qu'est-ce que ça doit-être compliqué à onze ! 

Alors que Danielle et moi sommes assises dans la salle à manger à discuter, l'hospitaleros nous apporte des couteaux, des planches et des légumes et nous met à la tâche pour le repas du soir. Au souper, nous sommes avec Andrea que je rencontre régulièrement sur le Chemin. C'est elle qui s'était occupée du viel  homme qui s'en allait marcher en fin de journée à Villafranca Montes de Oca. Elle nous raconte qu'elle marche pour essayer de calmer sa peine concernant son père qui s'est suicidé il y quelques années. Seigneur ! Au début du Chemin, je me rappelle qu'elle avait de grosses plaies aux hanches à cause de son sac à dos. Elle ne doit pas avoir 30 ans. Pauvre petite.

Par Francine
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Samedi 27 septembre 2008 6 27 /09 /2008 04:59

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Petit-déjeuner «Pain-confiture d'abricot-pas de beurre-pas de jus». Je pars à 7h30 et la descente recommence. Je m'y attendais mais je n'aime pas ça pour autant. C'est très dur. Quelques accalmies seulement sinon, de la descente constante.

J'arrête en chemin dans une pharmacie pour avoir de la vaseline pour me mettre sur les pieds. J'espère trouver de la vaseline comme au Québec mais il n'y en a pas. Ici, elle est translucide et moins épaisse. J'ai l'impression qu'elle pénètre dans la peau plutôt que de rester en surface et prévenir le frottement. D'ailleurs, j'avais moins d'ampoules au début et je pense que c'était grâce à mon tube que j'avais apporté du Québec. Quand je pense que je trouvais Marcel Leboeuf bizarre, dans son DVD sur Compostelle, quand il racontait qu'il se mettait ça sur les pieds...

Voilà enfin Ponferrada que je vois de loin. Lorsque j'arrive dans la ville, un homme sort de sa cour et me donne une énorme grappe de raisins en souriant et en me parlant espagnol à toute vitesse. Je regarde la grappe, je le regarde et j'y vais à fond dans les «Muchas gracias Señor, muchas gracias !». Je n'en reviens pas. Je vais me mettre à chialer, c'est certain. Mais non, je ravale et je pars en dévorant les raisins qui sont délicieux.

Me voilà maintenant au refuge, fort joli d'ailleurs. Je rencontre Louise et Rolland (avec 2 «L»; c'est ce qu'il dit quand il se présente). Ils REVIENNENT de Santiago et s'en vont vers Saint-Jean-Pied-de-Port. Ils ont d'abord fait le Chemin d'Arles. Ils m'épatent. Il y a aussi Pierrette et Ginette, deux filles de Chicoutimi. Après s'être installées, nous allons, Pierrette et moi, vagabonder dans la ville pour voir le château des Templiers. Puis brusquement, au coin d'une rue, il nous tombe dessus. Wow ! Quel bâtiment impressionnant ! Quelle belle oeuvre architecturale !

Et c'est énorme ! On vient juste de rater la visite et le château est fermé. Mais bon, ce n'est pas grave, au moins on l'a vu. On traine dans la ville dans l'espoir de trouver un restaurant mais rien ne fait notre affaire. On finit par se «garocher» dans la crème glacée. On revient en riant de nous-mêmes.

Dans notre petit dortoir, il y a Ginette et Pierrette, Marina et moi et deux Allemandes. C'est tranquille.

Par Francine
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Dimanche 28 septembre 2008 7 28 /09 /2008 05:02

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On se fait pratiquement mettre dehors ce matin. Il faut être sorti à 8h00. Ça a fini par nous faire rire. Faut dire qu'on niaisait un peu.

On comprend quand l'hospitaleros nous raconte que des pèlerins restent parfois dans les lits jusqu'à 9h00 s'ils ne les bousculent pas. Ils doivent ensuite désinfecter toutes les chambres et les lits (et il y en a près d'une centaine) après le départ des pèlerins. Ils réussissent tout juste à terminer avant l'arrivée des autres pèlerins. Et je rappelle que ces personnes sont des hospitaleros c'est-à-dire d'anciens pèlerins qui viennent faire ce travail durant leurs VACANCES ! Quelle générosité ! Je fais mes adieux à Louise et Rolland et on promet de s'écrire. Je passe à côté du château des Templiers mais comme il fait noir, je le vois beaucoup moins bien que la veille.

Me voilà maintenant dans le sentier. Le chemin est très beau, encore et toujours. C'est la saison des vendanges et les ouvriers sont dans les champs. Ils chantent et ils rient. Malgré toute cette beauté, j'ai une journée d'écoeurite aigüe et je m'arrête à Cacabelos. Comme je sais que j'arriverai à temps à Santiago, je décide de prendre une journée relaxe.

Le refuge entoure une église et il n'y a pas de salle commune. En fait, la salle commune est extérieure. Un peu plus tard, Pierrette et Ginette arrivent à leur tour et ensuite Marina. Il y a aussi des Québécois dont une personne qui fait partie de l'organisation «Du Québec à Compostelle». Yves ou Yvon je crois.

Pierrette, Ginette, Marina et moi allons faire une randonnée dans la ville et, quel bonheur, on trouve un restaurant type «fast-food» et on mange des frites avec du ketchup ! Mieux encore, la serveuse parle français ! La totale !

Je fais chambre avec une jeune fille du Danemark. Elle a acheté ses billets de train pour le retour avant de partir de Saint-Jean-Pied-de-Port. Elle constate maintenant qu'elle n'arrivera jamais à temps pour son train et essaie désespérément de changer la date mais elle ne réussit pas à communiquer avec l'entreprise par téléphone et l'ordinateur de l'albergue est en panne. Je constate que, comme beaucoup de pèlerins, elle a planifié faire son Chemin dans un trop court laps de temps. Parfois, il y a un délai à respecter qu'il est impossible de modifier mais quand c'est possible (comme cette jeune fille), il est préférable de ne rien acheter (en terme de transport) avant quelques jours de l'arrivée.

Par Francine
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Lundi 29 septembre 2008 1 29 /09 /2008 05:03

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Départ à la noirceur. Et c'est pas chaud. Je me tape un bon 25 km. Je suis franchement très contente de moi. Il faut dire qu'après 32 jours, mes jambes semblent décidées à me laisser tranquille. Elles ont compris que même si elles me font des malheurs, je vais marcher quand même.

Le chemin est encore très beau. Il faut dire que la Galice n'est pas loin. Il y a de grands vignobles partout et je longe de belles rivières. Je suis encore et toujours seule pour marcher. J'aime bien.

Mon «Miam-Miam Dodo» me conseille une albergue brésilienne. Une fois devant, je ne suis pas rassurée mais bon, on va voir. J'ai pris la bonne décision car à l'intérieur, c'est sensationnel. La musique brésilienne et la chaleur du décor finissent de me convaincre. Il n'y a pratiquement personne dans le dortoir. Je prends une bonne douche à l'eau très chaude. Ahhhhh ! 

À l'extérieur, il y a des hamacs et une belle terrasse. Je regarde les pèlerins qui passent droit devant ce beau refuge uniquement en raison de son apparence extérieure. Quel beau séjour ils ratent. J'apprendrai d'ailleurs plus tard que l'autre refuge était très ordinaire. J'aurai aussi droit au souper brésilien fait par l'hospitaleros, une brésilienne qui parle français et qui est vraiment très amusante.

Le souper est très bon et tout le monde a du plaisir. Finalement, un ou deux autres pèlerins seulement viendront se joindre à nous alors le dortoir est pratiquement vide. Ça ne ronflera pas beaucoup cette nuit ! 

Par Francine
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Mardi 30 septembre 2008 2 30 /09 /2008 05:03

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Une fenêtre est restée ouverte dans le dortoir cette nuit. Au lever, il fait un froid glacial et je n'ose pas sortir de mon sac de couchage. Mais bon, faut y aller ! Une fois dans le village (à la noirceur), je vois de grandes structures qui montent très très haut mais j'ai de la difficulté à deviner ce que ça peut être. Puis j'entends un bruit de camion. C'est une autoroute ! Les piliers de l'autoroute sont plantés en plein milieu du village ! Et c'est à une hauteur vertigineuse. Pauvres gens ! Ils devaient être découragés de voir ça lorsque tout a été fini. Je me demande ce que ça donne en plein jour. J'aurai l'occasion de le voir à plusieurs reprises dans d'autres villages. Un peu plus loin, le paysage commence à changer de façon radicale. Il y a aussi plus de bétail.


Je continue à marcher. C'est difficile et ça monte beaucoup mais il ne fait pas froid et la vue est spectaculaire. Je croise un monument sur lequel il est inscrit «Galicia, diputation provincial Lugo». Et voilà, je suis en Galice, dernière province que je croiserai en Espagne et où est située Santiago. Et ça monte toujours. Au sommet, je me retrouve à O Cebreiro. Je devrais continuer mais je trouve l'endroit si joli que je décide de rester. C'est un village avec des maisons aux toits de chaume. C'est très touristique mais si beau et il y a un refuge de pèlerins, que demander de plus. Dans l'attente que ça ouvre, je fais connaissance avec Michel, Jeannette et Mayie, des Basques de la région de Bayonne.


Après mes préparatifs habituels, je vais sur Internet mais je n'ai aucun courriel. Je me sens vraiment seule au monde. Je m'attendais à ce que tout le monde que je connais m'écrivent durant mon périple mais non. Ça m'attriste.


Au village de La Faba, il m'est arrivé une aventure bizarre. Ces temps-ci, je m'ennuie de Marcel et de mes filles. Je m'ennuie toujours mais ces temps-ci, c'est pire. Donc, à La Faba, je m'arrête pour manger un truc. Je vois un peu plus loin un artisant qui expose ses affaires. Je m'approche pour constater que ce sont des colliers et des bracelets. J'en ai vu plein sur le Chemin et je n'ai jamais été tenté de m'acheter quoi que ce soit. Mais ceux-ci attirent beaucoup mon attention. Je finis par prendre un collier avec une pierre brunâtre. Elle me fait beaucoup d'effet. Je demande à l'artiste de le mettre à mon cou puis je pars. Et tout d'à coup, je me retourne et demande à l'artiste comment il s'appelle. Il me réponds : «Marcel».

Sur le coup, je pense qu'il blague, qu'il dit ça parce qu'il sait que Marcel me manque puis je réalise que c'est ridicule, qu'il ne peut rien savoir de tout ça. Je reste là à le regarder et lui se demande ce qui m'arrive. «Merci ! Merci beaucoup !» que je lui réponds et je m'en vais. Quelle histoire ! Comme si Marcel voulait me dire, par cet homme, voilà je t'offre ce collier pour que tu penses à moi et pour t'encourager à continuer.

Assis devant l'albergue à O Cebreiro, je me rappelle cette histoire et je suis encore impressionnée. Je suis aussi impressionnée par le paysage spectaculaire que j'ai devant moi. Comme il n'y a pas un nuage dans le ciel, la vue que nous offre ce promontoire est tout simplement magique.

J'ai demandé à Michel, Jeannette et Mayie si je peux me joindre à eux pour le souper et ils ont gentiment acceptés. Nous nous retrouvons dans un beau restaurant et discutons de tout et de rien. Ils sont vraiment très sympathiques.

Par Francine
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Mercredi 1 octobre 2008 3 01 /10 /2008 05:04

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Nuit difficile car le jeune homme qui couchait au dessus de moi a bougé sans arrêt toute la nuit. Je n'en revenais pas. Il n'a pas du dormir beaucoup car il a été couché toute la journée.

Je pars encore quand il fait noir. Je vois bien qu'il y a de gros nuages en bas. Je dis en bas car je suis carrément au dessus des nuages. Je regrette presque de ne pas voir ça mais ce n'est qu'une question de temps car le soleil se lève et je suis toujours au-dessus des nuages. C'est magnifique ! À l'Alto de San Roque, je croise Michel qui me prend en photo devant la statue du pèlerin qui se tient face au vent. Il ne devait pas avoir chaud, dans le temps, avec leurs petites sandales et leurs robes de bure.

Par contre, une fois dans les nuages, c'est froid. Très froid ! Je m'arrête pour mettre un chandail de plus. Je m'arrête à nouveau pour mettre ma laine polaire. Je m'arrête une troisième fois pour mettre mes mitaines. Dieu ce qu'il fait froid ! Puis tranquillement, le temps s'éclaircie. Je croise un troupeau de chèvre avec leur gardienne loin derrière. J'adore ça !

Voilà finalement Triacastela. Michel, Jeannette et Mayie sont déjà là. Je demande au Français qui est dans leur dortoir (de petits dortoirs à quatre lits) s'il peut changer de place avec moi. C'est que dans mon dortoir, il n'y a que des hommes. Un peu intimidant quand même ! On va tous souper dans un petit restaurant végétarien. Sans le vouloir, pendant le repas, j'accroche mon verre de vin qui tombe sur Jeannette. Je suis terriblement embarrassée. Qu'est-ce que je suis maladroite !

Jeannette me rassure en revenant des toilettes et m'affirme que tout est correct, que sa veste ne restera pas tachée. Tout le monde finit par rigoler. Moi beaucoup moins.


Par Francine
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Jeudi 2 octobre 2008 4 02 /10 /2008 05:05

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Je pars tôt ce matin et il fait encore très noir. Je vois un peu mais sans plus. Lorsque j'arrive à côté d'un entrepôt, j'entend des jappements de chien. Plus j'avance et plus c'est fort. Je regarde à ma gauche et je les vois derrière la clôture mais je me dis, ils sont enfermés. Puis tout d'à coup, entre deux arbres le long de la clôture, j'en vois un qui  va de gauche à droite en soulevant la poussière. Je ne vois que sa silhouette et je vois qu'il a les pieds très écartés comme s'il allait sauter...
 
... Et il saute ! Directement vers moi ! Je suis surpris et je me précipite vers ma droite mais, en raison du poids de mon sac à dos, je tombe par terre. Et il s'approche ! Au même moment, d'autres personnes arrivent dont Michel. Aussitôt, le chien part vers eux et là, je vois qu'il a une chaîne qui le retient. Quelqu'un m'aide à me relever et je m'éloigne. Je vois le chien au travers des lampes frontales, énervé comme un fou, et la poussière qui se soulève. Une image digne d'un film d'horreur. Je tremble comme une feuille.
 
Je reprends mon chemin mais je suis encore très agitée. Puis ça passe. Je pense à autre chose.

Je croise de beaux petits villages. Les premières bornes indiquant le nombre de kilomètres qu'il reste à faire jusqu'à Santiago sont apparues depuis quelques temps déjà. C'est très pratique et encourageant. Aussi, les sentiers sont beaucoup moins rocailleux et la forêt plus agréable que les longs sentiers rectilignes des dernières semaines. Il y a des chênes énormes et je commence à voir des eucalyptus. Beaucoup de bétail également. Et c'est si vert !

Une fois à l'albergue (construite dans une ancienne école), je me repose un peu puis je cherche quelque chose à manger. Je suis déçue de constater qu'il n'y a rien à des kilomètres à la ronde. Une petite roulotte est installée derrière l'albergue et ils offrent quelques trucs à manger dont le fameux sandwich espagnol. Ce sandwich est composé d'une baguette de pain avec du jambon à l'intérieur.

Point.

Pas de beurre, pas de moutarde, pas de laitue, parfois du fromage et puis rien ! Assez «sec» comme repas. J'ajoute une bière pour le ramollir un peu en mangeant.

Plus tard, alors qu'il fait très noir, je vois l'hospitaleros refuser plusieurs pèlerins quoiqu'elle ait un salon entièrement vide. Dans d'autres albergues, j'ai vu beaucoup d'hospitaleros sortir des matelas et les étendre partout dans le salon, la cuisine voire les corridors mais ici, elle refuse obstinément. Pauvres pèlerins qui doivent se payer encore plusieurs kilomètres avant de pouvoir se reposer.

Je me promène dans les rues de campagne. Un tracteur passe avec le cultivateur et sa dame assise à côté de lui. Elle me fait un large sourire que je lui rends. Ce petit geste de gentillesse me fait plaisir et me réjouie, moi qui ai le coeur dans l'eau. Je suis fatiguée et j'ai hâte que le Chemin soit terminé. Je m'ennuie de ma famille et je me sens très seule.

Par Francine
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Vendredi 3 octobre 2008 5 03 /10 /2008 05:05

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Il fait encore nuit quand je pars. Quand le soleil se lève, un petit oiseau me suit et fait le rigolo. Ça m'amuse. Il y a beaucoup de brume et ça rend le paysage fabuleux. Côté marche, le sentier est très beau mais encore en descente. J'ai mal partout mais je m'encourage en me disant qu'il ne me reste que quelques jours. Juste avant d'arriver à Portomarin, il y une descente assez spectaculaire. J'avais l'impression, en regardant le dénivelé du terrain sur mon papier, qu'il n'y aurait plus de descente de ce genre jusqu'à Santiago. Il faut croire que le document ne montre pas tout. Au moins, la Galice est tout simplement magnifique !

Je croise la borne de 100 km. Youppi ! Je m'arrête déjeuner dans un magnifique petit bar tout en bois. Ils savent y faire côté bois les Espagnols ! J'en retrouve un tout aussi beau un peu plus loin dans lequel je mange pour dîner une délicieuse soupe Galicienne accompagnée d'une «tortilla» et d'une Heineken. Le bonheur !

Me voilà à Portormarin. Je m'installe dans un hôtel où les propriétaires ont réservé une partie au premier étage pour les pèlerins. C'est tranquille et les petits dortoirs, bien que n'ayant pas de portes, ne contiennent que 4 lits, tous superposés. Je suis toute seule et quelques temps plus tard arrivent deux Hollandais et une Danoise. Ils sont tous très sympathiques et font des efforts pour me parler français.


Une fois ma douche prise et mes affaires lavées, je m'installe au bar qui possède une superbe véranda avec une vue sur Portomarin engloutie. En effet, Portomarin a une ancienne ville dont on ne voit que les restes lorsque l'eau de la rivière est basse. Cette partie a été engloutie après la déviation d'une rivière (ou pour un barrage je crois). C'est assez spectaculaire.


Je prends une bonne bière en mangeant un chip et j'écris ma lettre. Puis je vais voir sur l'ordinateur si j'ai des courriels. Sur le coup, je pense que j'ai un virus car j'ai 21 messages dans ma boîte de réception. Habituellement, je n'ai rien sinon un message de Marcel ou mes filles. Je sursaute en voyant tous mes amis et ma famille qui m'ont écrit. Du coup, je suis convaincue qu'il y a quelqu'un de mort...

Mais non, c'est Marcel qui a demandé à tout le monde de m'écrire pour m'encourager.  Presque tout le monde m'explique qu'il ne pensait pas que j'avais accès aussi facilement à un ordinateur, qu'il ne voulait pas me déranger dans mes méditations, etc.

Je quitte ensuite pour me promener dans la ville et j'ai le plaisir de croiser Michel, Jeannette et Mayie que je croyais bien avoir perdu. Quelle joie ! Une fois de retour à l'hôtel, les Allemands fêtent l'anniversaire de la réunification de l'Allemagne. Ah ! Seigneur ! Mais bon, c'est quand même un bel anniversaire. Je mets mes bouchons et je finis par m'endormir.

Par Francine
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Samedi 4 octobre 2008 6 04 /10 /2008 05:06

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Beaucoup de brouillard ce matin. Ça donne un paysage sans pareil. Il fait par contre encore très froid. Je m'arrête souvent pour m'amuser avec les chats et il y en a des tas, la plupart du temps très affectueux. Et je comprends maintenant pourquoi on appelle chez nous «chatte espagnole» les chattes tachetées. Elles sont presque toutes de cette couleur ici.

Il y a beaucoup de monde sur le Chemin et tout va bien pour moi. Voilà 5, 10 puis 25 km de fait. Super ! Me voilà à Palas de Rei. Je suis contente de moi. Les forêts sont de plus en plus belles et les eucalyptus sont maintenant omniprésents.

Je trouve difficilement le refuge. Une fois que j'y suis, Michel, Jeannette et Mayie arrivent peu après moi et nous sommes encore ensemble. C'est cool ! Quand j'arrive pour prendre ma douche, je constate que c'est mixte et que les douches n'ont pas de portes. Ouaiiiiis, ça va pas ben.  

Je me concocte un rideau avec le «tape gris» que j'ai enroulé sur mes bâtons et avec ma serviette. Ça fonctionne. Michel, quant à lui, fait le guet devant la porte des toilettes le temps que Jeannette et Mayi prennent leur douche. C'est un ancien militaire alors il sait se faire obéir.

«Personne ne passe !».

Oui mon adjudant-chef !

Je m'installe dans un petit bar pour manger un peu en attendant le souper. Ils font des frites du tonnerre ! Je cherche ensuite un téléphone pour appeler Marcel. On parle un bon moment. Nous allons nous retrouver dans un peu plus d'une semaine maintenant. Ce que j'ai hâte !

Aujourd'hui, j'ai passé le cap des 700 km. Tu parles !

Par Francine
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Dimanche 5 octobre 2008 7 05 /10 /2008 05:07

Visualiser le trajet sur le site espagnol «Consumer Eroski»

Je part à 7h45. Le lever du soleil est magnifique. Je croise encore et toujours de beaux petits villages. Chacun a son lot de «séchoir à maïs» parfois en piteux état. On voit qu'ils s'en servent beaucoup moins qu'avant. D'ailleurs, comment font-ils sécher leur maïs maintenant ?

Je croise de belles grandes demeures où vivent probablement des gens travaillant à Melide ou Arzúa. Les chemins sont larges et propres. En Galice, il y a des poubelles partout et les déchets sont rares, contrairement à ce que j'ai vu en Castille.

Il fait encore très beau. C'est incroyable de penser que je n'ai eu qu'une seule journée de pluie jusqu'à maintenant. En arrivant à Melide, je passe devant un restaurant dont une partie est ouverte sur la rue. Un homme y fait cuire des poulpes qu'il coupe ensuite en morceau avec des ciseaux. Je le regarde faire, complètement fascinée. Il me tend alors un morceau et dit (en espagnol) : Goûte ! «No ! No ! Gracias !» que je réponds. Et il répète encore et me tend le morceau avec insistance. Je finis par le prendre du bout des doigts et je le regarde, pas trop certaine de ce que je vais faire. J'y goûte. «Oui merci, c'est bon...»  et je me sauve de peur qu'il m'en offre un autre morceau.

Je reprends ma marche et après la ville, je me retrouve dans un sentier magnifique, bordé d'eucalyptus et de chênes. Il fait beau et chaud. Je croise un endroit où, pour 1 euro, je peux avoir un petit plat de framboises. Je n'hésite pas et j'en prends un. Elles sont délicieuses.

Et là, je suis trop fatiguée, je décide de m'arrêter. J'aurais aimé me rendre à Ribadiso, mais bon, c'est quand même une bonne journée. Il est 14h45 et je n'en peux plus. Je me trouve une chambre dans une albergue privée dont les chambres sont à l'étage. C'est tout neuf. Il y a 5 lits dans le petit dortoir et je suis avec une famille allemande soit les parents et leurs deux enfants qui font le chemin avec eux. Assez spécial.

Je mange avec eux pour le souper qui est d'ailleurs très copieux. Le propriétaire du bar n'est pas content parce que je ne mange pas tout ce qu'il y a dans mon assiette. Ben oui mais monsieur, je vais éclater  !

Par Francine
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Lundi 6 octobre 2008 1 06 /10 /2008 05:07

Visualiser le trajet sur le site espagnol «Consumer Eroski - Partie A»
Visualiser le trajet sur le site espagnol «Consumer Eroski - Partie B»

Je pars en pleine forme ce matin. Je tente de faire le moins de bruit possible dans le dortoir pour ne pas réveiller la petite famille qui se lèvera tard, selon ce que m'ont dit les parents hier.

Je marche rapidement et tout va bien. J'aimerais me rendre à Pedrouzo. Pourtant, après une quinzaine de kilomètres, je sens une brûlure à un orteil du pied gauche. Merde ! que je me dis, je n'aurai pas une ampoule si près du but ! Je m'arrête dans un bar et me déchausse pour constater qu'effectivement, j'ai une ampoule énorme. Zut et re-zut ! Je m'opère du mieux que je peux (c'est quand même un peu intimidant dans le bar) et je repars. Après 24 kilomètres, c'est impossible de continuer. Je décide de m'arrêter à Santa Irene. Je consulte mon «Miam-Miam Dodo» et il est écrit, au sujet de l'albergue privée «Santa Irene»; «Petit refuge de luxe». 

Wow ! Du luxe ! C'est possible ?  Je me précipite. Je cogne, je re-cogne mais pas de réponse. Bon, il n'y a plus de place ! Il est quand même 14h30. Je m'assieds sur le banc de pierre près de la porte et je rumine, fâchée de la situation. Pas encore totalement désespérée, je cogne encore une fois. Et là, une dame vient m'ouvrir. Je lui demande «Completo ?» (c'est une manie chez moi) et elle me répond que non mais que dans cette albergue, c'est 12 euros la nuit. Ben oui, pis ? que je me dis. Je suis une grande blessée moi madame ! que je me dis encore.

J'entre et elle me fait visiter. Je regarde tout ça et je n'en reviens pas. Puis elle me montre le dortoir et me dis que, comme je suis la première (moi qui pensais que c'était complet), j'ai droit au meilleur lit. Et elle me le montre.



Je n'en reviens tout simplement pas. Un petit lit dans un coin, pas de voisin ni en haut, ni en bas, ni à gauche, ni à droite. YESSSSSSSSSSSSSSSSSSSS ! J'ai même des draps et une serviette ! Je prends ma douche à l'eau super chaude et je retourne m'étendre un peu. D'autres pèlerins arrivent et tout le monde est jaloux en voyant mon lit.  

Je m'installe devant une «Estrella Galicia» (bière espagnole) et j'écris ma lettre quotidienne. Je regarde le salon et la salle à manger qui sont superbes. Je flotte ! Un peu plus tard, j'ai le bonheur de voir arriver François et Camille que je n'ai pas vu depuis des jours. On soupe ensemble et on s'amuse ferme. On parle beaucoup de Santiago.

Si je n'arrête pas à «Montes del Gozo», ce sera demain le grand jour !

Par Francine
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Mardi 7 octobre 2008 2 07 /10 /2008 05:08

Visualiser le trajet sur le site espagnol «Consumer Eroski»

Malgré mon beau petit coin de paradis à l'albergue, j'ai mal dormi car j'ai eu très mal aux jambes et aux hanches. Aussi, il a plu des cordes et je l'entends encore tomber fortement ce matin. En regardant dehors, c'est le constat; il pleut à boire debout. Bon ben, il ne sera pas dit que je m'en sortirai avec seulement une journée de mauvais temps.

Donc, je sors l'artillerie lourde; l'imperméable, les guêtres et la couverture imperméable pour mon sac à dos. Après un bon déjeuner, j'enfile tout ça et je pars. Il est 9h00. Un record. Mais je ne m'inquiète pas pour la place dans le prochain refuge car, si je ne me rends pas à Santiago, c'est «Montes del Gozo» où il y a 800 places ! Il en restera bien une en fin de journée !

Je décide de prendre mon temps pour bien profiter du peu qu'il me reste à faire et aussi en raison de la pluie. Soudainement, peu avant midi, elle s'arrête. Je n'aurais jamais cru tellement c'était partie pour durer. Il faut croire que quelqu'un, quelque part, a décidé de me rendre la vie plus facile. Il fait maintenant beau soleil et la route n'est pas trop détrempée. Je me sens tout drôle d'avoir fait tout ce chemin. J'ai tellement voulu abandonner souvent et me voilà à moins de 25 kilomètres de Santiago. Mais mes pieds ne me laisseront pas tranquille.

Depuis de nombreuses années, j'ai de la difficulté avec mon pied gauche. De temps à autre, mon petit orteil se désarticule et la douleur est fulgurante quand je pose le pied par terre. Je remets l'articulation en place et tout s'arrange.

Donc en ce moment, comme j'ai fait un bandage un peu trop gros pour mon ampoule, celui-ci «pousse» sur l'articulation en question et la fait sortir. Je dois me déchausser, remettre l'articulation en place et je peux repartir. Mais quelques kilomètres plus loin, c'est pareil. Le choc est terrible ! Quand ça m'arrive, la douleur se projette jusqu'à ma colonne vertébrale et je change de couleur !

Je décide d'enlever le bandage. Advienne que pourra ! Ahhhh ! Enfin le calme. Ça chauffe un peu mais c'est supportable. Je rencontre une pèlerine d'Argentine, Maria- Belén et son mari Gabriel. Elle parle français. On se rend ensemble jusqu'à Montes del Gozo et on prend des photos. Je trouve l'endroit magique mais comme je vois Santiago au loin, l'appel est trop fort. Je décide de continuer.

Quoique Santiago soit très près, Santiago est aussi très grand alors je marche encore plusieurs kilomètres. Je marche sans m'arrêter, comme transportée par je ne sais quoi. Je fini par ne plus ressentir aucun mal. Je suis très excitée. Je pense que demain, je ne marcherai pas. La première fois depuis 40 jours. Je pense qu'à Burgos, je voulais abandonner, qu'à León, je voulais abandonner. Je pense que quelques jours avant de partir du Québec, je me demandais quelle idée de fou j'avais eu là. Déjà là, je doutais de moi.

Pourtant, durant ces 40 jours, rarement j'ai pensé «Demain, je ne marche pas». Chaque fin de journée était très difficile mais chaque matin, j'avais une énergie que je n'aurais jamais pensé retrouver.  Je me souviens qu'une fois, Marcel m'avait écrit que si c'était trop difficile, je n'avais qu'à laisser tomber et voyager en Espagne en attendant qu'il arrive au Portugal. Je l'avais trouvé très attentionné de m'offrir cela mais pour moi, c'était impensable.

Je marche encore dans Santiago. Je ne regarde pas beaucoup la ville car je suis concentrée sur les flèches jaunes, typiques du Chemin, qui ne sont pas faciles à trouver.  Puis la ville vieillit progressivement. Les rues sont maintenant pavées et les édifices datent de quelques siècles. Elle attire maintenant mon regard. Je me dis : «Francine, tu es à Santiago !» et j'ai la gorge serrée.

Et puis je vois la cathédrale ! Je vois les clochers. Je marche plus vite mais il y a tellement de petites rues. Après quelques minutes, je vois devant moi l'entrée vers la grande place. J'arrive par l'arrière, à droite de la cathédrale. C'est un des plus beaux moments de ma vie ! Je continue et puis voilà ! Je suis sur la grande place et je suis devant la cathédrale. Il fait un temps superbe et je la contemple dans tout sa splendeur. Elle est sublime ! Quel moment magique ! Beaucoup d'autres pèlerins sont déjà là et il en arrive encore après moi. Certains sont comme moi, plantés là sans rien dire. D'autres sont assis par terre, en plein recueillement. D'autres encore s'enlacent, se félicitent et pleurent.

C'est un moment émouvant et plusieurs sentiments se manifestent en même temps. L'émotion est grande. Je finis par m'asseoir et je me prends en photo pour me rappeler ce moment magique.

Je cherche des yeux des pèlerins que je connaîs mais je ne vois personne pour le moment. Il y a par contre beaucoup de touristes et ils nous prennent en photo. C'est rigolo. Je reste là une trentaine de minutes puis je quitte pour me trouver un endroit pour dormir et pour aller chercher ma «Compostela», document qui atteste que j'ai fait le Chemin. Je marche sans détacher mon regard de la cathédrale, le sourire fendu jusqu'aux oreilles.

J'AI RÉUSSIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIII  !

 
Une fois ma chambre trouvée et ma Compostela en main, je retourne sur la «Plaza do Obradoiro» et je rencontre Marthe. Yes ! Super ! Fantastique ! Mon bonheur est maintenant complet. Je retrouve ensuite Bobby et Claude. La totale ! Nous allons souper ensemble et nous croisons constamment des pèlerins rencontrés sur le Chemin.

La joie est à son paroxysme dans les yeux de tous et chacun.

Par Francine
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Vendredi 10 octobre 2008 5 10 /10 /2008 18:16


Mathe et moi nous sommes données rendez-vous devant la cathédrale pour assister à la messe des pèlerins. Claude et Bobby ont déjà quitté pour le Québec.

Nous espérons voir le «botafumeiro», un gros enscensoir qu'ils balancent d'un côté à l'autre de la cathédrale. À l'époque, c'était pour camoufler les mauvaises odeurs que dégageaient les pèlerins. De nos jours, ce n'est pas tout à fait pour la même raison. Quoique parfois...

Petit vidéo sur YouTube

Nous sommes vraiment chanceuses car nous le verrons deux fois soit le 8 et le 9 octobre. Nous passons ensuite les deux journées suivantes à nous promener dans la ville et nous ne cessons de croiser des pèlerins. C'est très émouvant. Après une première nuit dans chacun notre hôtel, nous déménageons ensemble à la «Pension Libredon», très jolie et confortable. On se réjouit de dormir enfin seules, d'avoir une salle de bain pour nous deux seulement et de se lever à l'heure qui nous convient. On regarde nos photos et on se rappelle des souvenirs.

Je pars en autobus le 10 octobre au matin, pour Porto. Le voyage ne dure que deux heures et demi et je m'installe dans une jolie chambre d'hôtel près de l'aéroport.

Demain, j'irai retrouver Marcel. Enfin !

Par Francine
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