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Eroski»
Je ne sais ce qu'il y a dans l'air ce matin... Un grand groupe de pèlerins se lève à 5h00 pour partir. L'Allemand à côté de moi est très fâché de tout ce boucan ! Je pars à 7h30 et je
m'égare dans le village. Une fois sur le bon chemin, je me retrouve un peu plus loin avec le choix entre deux chemins; longer encore la N120 ou prendre la campagne. Je choisis la campagne.
Au départ, tout va bien. De grands champs de pommes de terre, je me crois presque dans mon village. À Hospital de Orbigo, je m'arrête pour déjeuner dans un hôtel. Il y a beaucoup de touristes qui déjeunent eux aussi. À un moment donné, l'un deux me parle en français et me demande si je suis canadienne (j'ai un drapeau du Québec et un autre du Canada sur mon sac à dos). Je réponds par l'affirmative et aussitôt, je suis entourée par une nuée de touristes de l'Ouest Canadien qui me posent un paquet de questions (via l'interprète) à propos du Chemin.
- Est-ce que je couche dans les grands dortoirs ?
- Est-ce que je marche depuis Saint-Jean-Pied-de-Port ?
- Qu'est-ce que je mange ?
- Est-ce que c'est vrai que les douches sont mixtes parfois ?
- Est-ce que c'est difficile ?
Eux aussi font le Chemin mais en autobus et marchent (s'ils le veulent) de petits bouts, entre 5 et 10 kilomètres et couchent à l'hôtel. Tout est organisé. Je trouve que c'est bien pour ces personnes qui ne pourraient pas faire le Chemin sinon, surtout en raison de leur mobilité réduite.
Je reprends le Chemin. Je marche de village en village, toujours très beau. Après quelques temps, le chemin se transforme en petites descentes abruptes et rocailleuses. Ça devient éprouvant. Je ralentis l'allure car je commence à avoir mal aux genoux. Je rencontre Michelle et Monique qui viennent de terminer leur dîner. Elles souffrent toutes les deux des genoux elles aussi. Je fais un bout avec elles.
Je cherche un coin pour dîner à mon tour. Je vois un bel arbre un peu en retrait et je décide de quitter les filles pour aller m'y installer et avoir un peu d'ombre. Mal m'en pris car une fois
assise avec mon dîner sur les genoux, je vois qu'il y a plein de bardanes (appelés plus communément «toc» au Québec) tout autour de moi. Mais je me résigne à rester car de toute façon, je n'ai
pas d'ombre nulle part ailleurs. Je mange vite et finalement, je ne me repose pas beaucoup.
Le pire dans l'histoire c'est qu'une fois repartie, je fais à peine un demi-kilomètres pour constater qu'il y a un bel endroit pour pèlerin avec tables et ombre à souhait. Mautadit !
Je continue mon chemin avec mes genoux qui me crient d'arrêter. Mais comme ce chemin réserve toujours de belles surprises, quand j'arrive à l'albergue, c'est super beau, super confortable et avec de tous petits dortoirs. Dans le mien, nous ne sommes que des filles. Je fais connaissance avec Marina, une jeune Suisse qui est toute mélangée après avoir fait la connaissance d'un Espagnol (qui a laissé le chemin pour retourner chez lui) de qui elle s'est entichée. Elle se pose plein de questions.
Je me douche et je pars en visite. Une fois dans les Crocs, les pieds me font moins souffrir et les genoux sont déjà mieux. Je constate que la ville est ceinturée de murailles et, comme dans la plupart des villes espagnoles, il y a une «playa mayor» où tout le monde se rassemble avant le souper.
Avant de partir pour faire le Chemin de Compostelle, j'avais consulté beaucoup de documentation et il y avait des lieux que je voulais visiter dont le palais Gaudi dit le "palais des papes", ici à Astorga. Et m'y voici. Je l'ai là devant moi, joyaux architectural qui me laisse sans voix. Je suis assise sur un banc et je l'admire. Il y a également la cathédrale, juste à côté, qui n'est pas en reste.
De retour sur la playa Major, j'entends quelqu'un qui m'interpelle. Ce sont Monique et Michelle qui prennent un rosé et m'invitent à me joindre à elles. Nous allons souper ensemble.
Quelle belle journée !
J'arrive à Rabanal del Camino. Super beau village. Super belle albergue. Super
beau trajet. Super beau paysage. La totale ! Le refuge «Nuestra Señora del Pilar» a un petit bar, une salle à manger extérieure et une intérieure ainsi qu'un beau grand dortoir. Ma «gang» est là
soit Marthe, Michelle, Monique, Claude et Bobby. Jean-Michel et Khira sont dans un autre refuge du même village. Jacques et Monique ont pris de l'avance pour arriver rapidement à Santiago car par
la suite, ils partent en voiture et visitent l'Espagne.
Je m'y attendais mais je n'aime pas ça pour autant. C'est très dur. Quelques accalmies seulement sinon, de la descente
constante.
Me voilà maintenant dans le sentier. Le chemin est très beau, encore et toujours. C'est
la saison des vendanges et les ouvriers sont dans les champs. Ils chantent et ils rient. Malgré toute cette beauté, j'ai une journée d'écoeurite aigüe et je m'arrête à Cacabelos. Comme je
sais que j'arriverai à temps à Santiago, je décide de prendre une journée relaxe.
Au sommet, je me retrouve à O Cebreiro. Je devrais continuer mais je trouve l'endroit si joli que je décide de rester.
C'est un village avec des maisons aux toits de chaume. C'est très touristique mais si beau et il y a un refuge de pèlerins, que demander de plus. Dans l'attente que ça ouvre, je fais connaissance
avec Michel, Jeannette et Mayie, des Basques de la région de Bayonne.
Je reprends mon chemin mais je suis encore très agitée. Puis ça passe. Je pense à autre
chose.
Je trouve difficilement le refuge. Une fois que j'y suis, Michel, Jeannette et Mayie
arrivent peu après moi et nous sommes encore ensemble. C'est cool ! Quand j'arrive pour prendre ma douche, je constate que c'est mixte et que les douches n'ont pas de portes. Ouaiiiiis, ça va pas
ben.
En arrivant à Melide, je passe devant un restaurant dont une partie est ouverte sur la rue. Un homme y fait cuire des
poulpes qu'il coupe ensuite en morceau avec des ciseaux. Je le regarde faire, complètement fascinée. Il me tend alors un morceau et dit (en espagnol) : Goûte ! «No ! No ! Gracias !» que je
réponds. Et il répète encore et me tend le morceau avec insistance. Je finis par le prendre du bout des doigts et je le regarde, pas trop certaine de ce que je vais faire. J'y goûte. «Oui merci,
c'est bon...»
Wow ! Du luxe ! C'est possible ?
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